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L'Histoire des Avants

Une histoire hardie et merveilleuse ……

Il y a de l’aventure, de la hardiesse et du merveilleux dans le destin du funiculaire Les Avants – Sonloup (LAS).
 
Tout commence en 1905. Les frères Dufour, des Avants, déjà parmi les initiateurs du chemin de fer Montreux-Mont-bovon, décident de créer « quelque chose » pour accèder au belvédère de Sonloup.
 
A l’époque Les Avants bénéficiaient depuis plusieurs années déjà d’une prestigieuse notoriété, la station étant décrite dans d’innombrables guides comme « un endroit charmant attirant quantité de promeneurs ...« .
 
Le 21 décembre 1905, une demande de concession est adressée à Berne pour la construction d’un « chemin de fer aérien des Avants au Mont-Cubly, en deux sections, soit Les Avants-Sonloup à crémaillière et Sonloup – Mont-Cubly à adhérence, le tout s’appuyant sur 39 piliers.

Ténacité et rapidité :

Malgré l’aventure, la hardiesse et le merveilleux au travers de ce projet digne de Jules Verne, cette construction ne verra toutefois jamais le jour. Mais il en faut plus pour décourager les frères Dufour !
 
Ils confient une nouvelle étude au Dr. R.  Zehnder, directeur du MOB pour la construction d’un funiculaire jusqu’à Sonloup seulement. Dès lors, tout va très vite dans ces années frémissantes d’avant la 1ère guerre mondiale. Six mois plus tard, le 16 avril 1910, la concession est accordée.
 
Dans ce document, il est clairement stipulé que ce funiculaire sera construit indépendamment de la ligne projetée … Les Avants – Moléson.
Elle précise également qu’elle est accordée à un comité d’initiative, agissant par MM. Dufour, frères, hôteliers aux Avants, pour le compte d’une société par actions à constituer, une concession pour l’établissement et l’exploitation d’un chemin de fer funiculaire électrique des Avants à Sonloup.
 
Le premier coup de pioche intervient en juillet 1910 et les difficultés techniques ne font pas défaut. La ligne s’élève progressivement en rampe de 545 % à la station supérieure de Sonloup (altitude 1156,42 m). Il n’y a pas de station intermédiaire.
 
La longueur est de 532 m. pour une différence de niveau de 184,40 m. Le profil du terrain nécessite la création de plusieurs ouvrages d’art, le principal étant le viaduc de 67 m. de long comportant 11 voûtes, situé peu après le départ. Plus haut, on trouve également deux passages supérieurs de 6 m. d’ouverture enjambant la route des Avants – Sonloup, déjà fort célèbre pour les courses de bobsleigh.

Electrification dès l’origine :

Les promoteurs hardis savent voir loin !...D’emblée, la traction électrique est choisie pour le LAS , alimentée directement par la caténaire du MOB. La partie mécanique est adjugée à la maison Von Roll, à Berne.
 
Les travaux vont… bon train et c’est le 14 décembre de la même année que les premiers voyageurs peuvent s’asseoir dans les voitures d’une capacité de 50 places chacune, assurant un débit horaire de 500 personnes dans chaque sens.
 
Le mot rationalisation n’est encore pas connu. Il faut un agent à la station supérieure pour la machine et un sur chaque voiture, soit un total de six agents pour assurer un horaire de 7h. à 22h., sans compter la maintenance.
 
La presse internationale, enthousiaste, salue l’évènement.
 
Les années passent, marquées bien évidemment par des hauts et des bas et aussi par les grands événements de l’histoire. En 1920, l’hôtel de Sonloup doit fermer ses portes : le LAS demande alors de suspendre le trafic pendant les mois creux. En 1931, le même hôtel sera repris par la Fédération suisse des cheminots et le funiculaire enregistrera une année record avec 83'858 voyageurs transportés.

Semi-automatisation :

Le funiculaire va rouler ainsi durant quatre bonnes décennies, jusqu’à ce que, en 1951, à l’initiative de M. A. Marguerat, directeur du MOB, intervienne une semi-automatisation : le LAS passe à la commande automatique, permettant aux opérations de démarrage et d’arrêt de s’effectuer à partir des voitures.
 
La voiture no 2 deviendra inaccessible aux voyageurs et ne fonctionnera plus que comme contrepoids, sauf en cas de forte affluence. Puis aux hivers enneigés succèdent ceux sans matière blanche et les exercices ont des résultats moins encourageants. Le village des Avants doit de plus en plus compter avec la concurrence des stations alpines. Les hôtels se ferment, les touristes découvrent d’autres horizons, les stations doivent apprendre à se vendre…

Partie intégrante du décor :

Mais le LAS fait partie intégrante du décor des Avants. Pas seulement dans le paysage, mais tout autant dans le cœur de la population, de la Société des intérêts des Avants et de la Fédération suisse des cheminots.
 
En 1972, le MOB présente un rapport détaillé relatif à une rationalisation de l’exploitation et à l’automatisation de l’installation. De plus, diverses mesures immédiates sont appliquées, à commencer par une desserte simplifiée. Puis trois variantes sont examinées avec soin par la direction du MOB dont la 3ème suggérant tout simplement la suppression du funiculaire et son remplacement par un service routier.

Nouveau départ :

Si 1976 exige des nouvelles mesures de rationalisation, l’année suivante est celle du tournant : le conseil d’administration se déclare officiellement acquis au maintien de l’exploitation du funiculaire, choix qui répond aussi au vœu de la Société des intérêts des
Avants, de la population du villages et des responsables de l’hôtel de Sonloup.
 
Et ce dynamisme est recompensé : l’enneigement est parfait, pour la 1ère fois depuis 6 ans des courses de bob peuvent à nouveau de dérouler normalement, tandis que les soirées luges connaissent un formidable regain d’intérêt.
 
En 1978, alors qu’une requête est adressée à la Municipalité de Montreux pour l’octroi d’une subvention unique à fonds perdu, la direction du MOB et ses services techniques peuvent entreprendre la grande mutation technologique du « funi » , tout en maintenant son cachet particulier et en appliquant au LAS quelques-uns des perfectionnements administrés avec succès quelques années auparavant au Territet-Glion.
 
Ils posent, entres autres, la « boucle inductive » permettant la commande automatique, liée à la sécurité. Un système d’observation à distance, avec caméra TV, est installé aux Avants, permettant à un seul agent (en l’occurrence le chef de gare des Avants) de gérer toute l’installation. On remet en service les deux voitures, tout en les rendant accessibles que d’un seul côté, par mesure de rationalisation.

Résultat inverse :

L’amélioration se poursuite et l’assainissement financier est confirmé.
 
Ce ne sont là bien sûr que les étapes marquantes de la vie du LAS, aujourd’hui prêt à poursuivre son chemin parcouru jusqu’à son centenaire, que nous avons dignement fêté en septembre 2010.
 
Indissociable de la vie des Avants, le funiculaire rouge conduisant à Sonloup est plus qu’un moyen de transport : c’est le symbole de Paradis des Narcisses, toute une région tournée vers l’accueil

(PS : ce texte est extrait en partie du livre « Au paradis des Narcisses » de E. Styger et JC. Kolltros – collection groupe MOB)